5 avr. 2018

Quand on veut, on peut !

- 54 cv fiscaux et 2,3 tonnes pour 13000€ -

Treize mille euros pour une Mulsanne de 1985 qui n'a pas franchi les cent mille kilomètres, c'est cadeau en ces temps de grèves ferroviaires. Aller au boulot en salon de cuir Connolly gris, en écoutant à fond la Chanson de Jacky de Jacques Brel.

Un collègue de travail qui maintenait naturellement une certaine distance avec le David de Michel-Ange ne cessait de me dire à la vue d'occasion rares à ce prix : « Ah tudieu ! Si on était riches et pas si beaux ? »

Je mets Bird en MP3 derrière Jacky :

Même si un jour à Knokke-le-Zoute,
Je deviens, comme je le redoute,
Chanteur pour femmes finissantes,
Même si je leur chante Mi Corazon
Avec la voix bandonéante
D'un Argentin de Carcassonne,
Même si on m'appelle Antonio,
Que je brûle mes derniers feux
En échange de quelques cadeaux,
Madame, Madame, je fais ce que je peux,
Même si je me saoule à l'hydromel
Pour mieux parler de virilité
A des mémères décorées
Comme des arbres de Noël ;
Je sais que dans ma soûlographie
Chaque nuit pour des éléphants roses
Je chanterai la chanson morose,
Celle du temps où je m'appelais Jacky :

Etre une heure, une heure seulement
Etre une heure, une heure quelquefois
Etre une heure, rien qu'une heure durant
Beau, beau, beau et con à la fois

Même si un jour à Macao,
Je deviens gouverneur de tripot
Cerclé de femmes languissantes ;
Même si lassé d'être chanteur
J'y sois devenu maître-chanteur
Et que ce soit les autres qui chantent ;
Même si on m'appelle le beau Serge,
Que je vende des bateaux d'opium
Du whisky de Clermont-Ferrand
De vrais pédés, de fausses vierges,
Que j'aie une banque à chaque doigt
Et un doigt dans chaque pays
Et que chaque pays soit à moi,
Je sais quand même que chaque nuit,
Tout seul au fond de ma fumerie
Pour un public de vieux Chinois,
Je chanterai ma chanson à moi
Celle du temps où je m'appelais Jacky :

Etre une heure, une heure seulement
Etre une heure, une heure quelquefois
Etre une heure, rien qu'une heure durant
Beau, beau, beau, beau et con à la fois

Même si un jour au Paradis,
Je deviens comme j'en serais surpris
Chanteur pour femmes à ailes blanches ;
Même si je leur chante Alléluia
En regrettant le temps d'en bas
Où c'est pas tous les jours dimanche ;
Même si on m'appelle Dieu le Père,
Celui qui est dans l'annuaire
Entre Dieulefit et Dieu-vous-garde ;
Même si je me laisse pousser la barbe,
Même si toujours trop bonne pomme
Je me crève le cœur et le pur esprit
A vouloir consoler les hommes ;
Je sais quand même que chaque nuit,
J'entendrai dans mon paradis
Les anges, les saints et Lucifer
Me chanter la chanson de naguère,
Celle du temps où je m'appelais Jacky :

Etre une heure, une heure seulement
Etre une heure, une heure quelquefois
Etre une heure, rien qu'une heure durant
Beau, beau, beau, beau et con à la fois



Charlie Bird Parker au sax alto, Dizzy Gillespie à la trompette et Thelonious Monk aux ivoires. Juste deux minutes et 45 secondes.



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