8 août 2016

La Golondrina


La Golondrina est une chanson mexicaine de l'exil. Elle fut composée en 1862 par Narciso Serradell Sevilla (1843-1910) que le Second Empire avait exilé en France pendant la campagne de Maximilien.
C'est la chanson emblématique des proscrits mexicains.
Guadalupe Pineda est merveilleuse.


A donde irá veloz y fatigada
La golondrina que de aquí se va
O si en el viento,
Se hallará extraviada
Buscando abrigo
Y no lo encontrará

A donde irá veloz y fatigada
La golondrina que de aquí se va
O si en el viento,
Se hallará extraviada
Buscando abrigo
Y no lo encontrará

Junto a mi lecho
Le pondré su nido
A donde pueda la estación pasar.
También yo estoy en la región perdido
¡Oh cielo santo! y sin poder

Dejé también mi patria idolatrada
Esa mansión que me vió nacer,
Mi vida es hoy,
Errante y angustiada
Y ya no puedo a mi mansión volver.

Junto a mi lecho
Le pondré su nido
A donde pueda la estación pasar
También yo estoy en la región perdido
¡Oh, cielo santo! y sin poder volar.


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27 juil. 2016

Le Vieux et le Truck (8 et fin)

CHAPITRE VIII
D'Automedon à Chârost

Automedon arriva très vite. Le 3100 était magnifique sur le stand de l'ACCF et Denise fit des photos chaque jour à des heures différentes pour mettre en valeur la laque violette de la carrosserie. Jimmy avait mis à la fin des lampes à leds dans les phares pour éviter de monter des optiques de pointe, et un phare "fouilleur" mobile sur le montant de pare-brise comme dans les films américains de poursuite. Elle, était très contente de la sellerie intérieure qui suscitait beaucoup de question des amateurs, sur la patine d'un cuir neuf. La benne avait été couverte d'un lattis d'acajou comme un pont de bateau, et tout le temps de reste avait à peine suffi à peaufiner les détails, comme le rechromage des boutons du tableau de bord, les pédales plus larges pour manœuvrer en boots, le bouchon de réservoir gros débit chromé, les bavettes de roues arrière Chevrolet en vrai caoutchouc etc.

Le troisième jour, un journaliste de NITRO se présenta pour faire un reportage sur le truck en proposant un programme de photos en extérieur, des zooms sur les pièces intéressantes et un texte de présentation. Jimmy avait lu pas mal de numéros de NITRO et comprit ce que cela donnerait. Avant la Noël, ils vinrent à deux à La Maladrerie, un photographe et le "reporter" qui devait essayer le camion et rédiger l'article. Ils avaient fait des repérages et proposèrent les berges de Seine vers l'écluse d'Andrésy, côté Achères. Il y avait de la profondeur de champ, le fleuve, une ambiance industrielle décatie et des objets intéressants à insérer dans l'article. Sultan était de la fête mais Denise avait préféré aller à Poissy au cinéma, ce qui avait déçu le photographe. Peut-être avait-elle ressenti l'intérêt "photogénique" qu'il lui portait et cela l'agaçait.

Vers cinq heures, la lumière était partie, tout le monde rejoignit la maison. Il manquait des éléments pour l'article et d'abord son histoire. Jimmy fut prié de la raconter. Il s'en tint à l'essentiel et à la technique. Ce truck était tombé des chaînes GMC de North-Tarrytown dans l'Etat de New-York au mois d'août 1954 avec son 6-cylindres actuel, une boîte mécanique 3-vitesses avec un embrayage renforcé et une carroserie vert-kaki. Il l'avait trouvé abandonné dans une ferme près de Châteauroux et l'avait rapatrié sur Poissy pour le refaire avec les conseils de ses amis de l'American Cars Club de France qui avaient toute la doc technique. Automedon était le défi intéressant pour un modèle basique mais parfait. Le journaliste, qui portait une queue de cheval comme Madras jadis, s'en contenta et demanda la fiche technique complète pour broder dessus. L'article paru dans NITRO au début du printemps. Jimmy et Denise étaient assez fiers, l'ACCF passa un coup de fil pour remercier, un garage d'américaines appela pour savoir s'il pourrait faire un poster du truck à partir d'une Ekta. Puis les jours passant, la mousse retomba. Jimmy dégrafa la photo double-page de NITRO pour l'encadrer dans son salon. Il ne lui restait qu'à acheter le modèle en miniature pour mettre sur le buffet.

A la fin du mois, un coup de téléphone le surprit. C'était le journaliste de NITRO, celui à la queue de cheval. Il était mécontent. Mécontent n'était pas le mot. Dégoutté, presque gémissant. Voilà, gémissant ! Un type l'avait appelé hier pour lui dire que ce truck était une double scène de crime et qu'il lui raconterait toute l'histoire si on voulait bien le défrayer. Maintenant au chômage, il avait besoin d'argent.

- Que dites-vous, aboya le journaliste ? L'histoire des crimes faisait un article du tonnerre de dieu, bordel ! Personne n'a rien à foutre de l'usine de Tarratown ! Ce truck n'est rien plus que banal sinon bien repeint, le moteur est poussif, sur la ligne droite d'Achères il n'a pas franchi les 55 miles au compteur, et je me suis fait chier à pondre un article de merde alors que j'avais le scoop, putain ! Le truck de Bonnie and Clyde, la banquette inondée de sang, les tapis foutus, le radiateur percé par le fusil-mitrailleur des pandores ! Vous m'entendez ?

Jimmy en vieux soldat revenu de tout ne lui répondait pas, mais tenait l'écouteur à l'oreille.

- Vous m'entendez, putain ? C'est qui ce mec qui s'imagine que NITRO va lui payer un an de salaire ? Que s'est-il passé ?
- Il n'y a eu que deux morts, vous savez, répondit enfin Jimmy.
Au téléphone, le gars de NITRO était en train de dégluttir. Et Jimmy reprit:
- Mais le camion n'en a tué qu'un. Votre journal de tarlouzes ne saura pas quoi faire de cette histoire. Chromes & Flammes en son temps aurait pu faire un article gore mais pas vous sur papier glacé. Passez me voir si vous voulez poursuivre et débarrassez-vous de votre informateur, je sais qu'il ne sait rien.

Jimmy avait détecté qu'il s'agissait probablement du valet de feu Monsieur René, le baron de Chârost, que le neveu avait sans doute viré avant de fermer le château. Qui irait vivre à Chârost ? A s'y résigner, il fallait avoir tué père et mère, et le neveu s'en était jamais venu à ces extrémités. Pour en avoir le cœur net, il appela au château. France Telecom lui répondit que la ligne était coupée. C'était bien ça. Le téléphonne sonna à nouveau. Excité comme une puce, le génie des Hot Rods français proposait un rendez-vous. Quand ? Tout de suite.
- Venez dîner ce soir à la maison, à partir de sept heures.

Denise rentrait avec Sultan. Il lui annonça la venue de NITRO pour ce soir. Ils devisèrent un moment sur le destin de René, mort de bonté, et finalement Denise le convainquit de raconter l'histoire qui pourrait peut-être bénéficier à Madras, ce mécanicien fou à qui elle avait envoyé des photos d'Automedon et un exemplaire de NITRO en reconnaissance du travail accompli dans la grange.






EPILOGUE

Je sonnais à la grille à sept heures pile. Je fus bien reçu, leur chien avait l'air content. L'homme ne voulut pas le magnéto et sa femme se fit discrète entre la cuisine et les dépendances. Elle n'assista qu'au repas fait autour d'une fricassée de girolles du bois de Marly-le-roi rehaussant un poulet rôti. Une bouteille de Lussac Saint-Emilion fit le reste. On l'acheva sur un roquefort Papillon très noir. On en trouve à Saint-Germain-en-Laye, me dit Jimmy.

Son histoire commençait par un carambolage dans la région de Déols auquel il avait survécu par miracle. Il en gardait une affection particulière pour les carrosseries allemandes. Je n'ai pu savoir exactement ce qu'il avait fait de sa vie car c'était le camion violet qui primait dans l'affaire mais il avait des manières militaires adoucies qui ne trompaient pas. Il n'y avait rien ni au mur ni sur le buffet qui put m'aiguiller. La recontre avec sa femme était assez romanesque mais l'histoire de son copain psychopathe était, elle, assez flippante. J'avais connu jadis un relieur avec des mains d'or mais si complètement fou qu'on avait dû enfermer. En six mois, l'asile de fous était devenu le centre régional de reliure d'ouvrages anciens ! Puis il se pendit.

Finalement, on ouvrit une bouteille d'Armagnac et je lui parlais de l'Amérique où j'allais plus souvent que lui, des Etats de la montagne où les gens étaient malgré tout restés nature, je lui parlais des fanas d'américaines qui mettent leur vie dans le cambouis, l'armée immense des rêveurs qui roulent en NITRO, les blocages français sur les courses d'accélération qui font peur au principe de précaution, le poids des normes illisibles, le maquis des contraintes, l'arrogance du Service des Mines, le vieux monde qu'on ne referait pas... On allait sur les deux plombes du mat.

Il m'invita à prendre la chambre d'ami plutôt que de rentrer bourré dans un carambolage au Triangle de Rocquencourt. Ce que j'acceptais. Je pris encore des notes jusqu'à trois heures et tombais comme une masse sur un Dunlopillo très mince, style forces spéciales. Au café du matin, la femme me demanda ce que je pensais faire de toute cette histoire. Lui me regardait avec bienveillance.

- Je n'ai pas de place dans le journal pour ça. Mais nous pourrions faire ensemble un petit "roman" de 100 à 120 pages, dans un style fanzine américain typé "truck". Si vous en êtes d'accord, je vous passerai un canevas.
- D'accord. C'est moi qui vous appellerai dans une semaine, nous partons chez des amis en Basse Normandie.
- Ah bon, où ça ? J'ai une longère trop délaissée à Villedieu-les-Poêles.
- A Sourdeval, chez un couple qui retape des Land Defender à conduite anglaise.

Et voilà comment naquit Le Vieux et le Truck.




CANEVAS DU ROMAN

Chapitre 1 : les trois protagonistes se rencontrent

Chapitre 2 : l'histoire de Madras, mécanicien naval

Chapitre 2 : l'histoire du baron et le Chevrolet 3100 sorti de grange

chapitre 4 : la restauration inachevée du camion

Chapitre 5 : la connexion avec Denise

Chapitre 6 : le mort de Houlgate

Chapitre 7 : le triangle de Rocquencourt ou des Bermudes

Chapitre 8 : le truck shooté chez Nitro

Epilogue

FIN


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